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Journée professionnelle : "Vers quelles bibliothèques 2.0 ?" #1 - Compte rendu 1/3

dimanche 29 mars 2009 par Virginie Delaine

« Acte 1 : Les outils 2.0 leurs usages et services en bibliothèque »


Le 9 mars dernier, à l’hôtel de Guînes d’Arras, s’est tenu le premier acte d’une série de deux journées professionnelles sur le thème des bibliothèques « 2.0 » organisées par Bibop, association pour la coopération informatique des bibliothèques du Nord-Pas-de-Calais. Cette première journée avait pour objectif de poser les principes théoriques du web 2.0, d’en montrer les principales expressions et de réfléchir au positionnement des bibliothèques par rapport à ces évolutions.

Vers des bibliothèques écosystèmes ?

Une intervention de Silvère Mercier

Silvère Mercier, bibliothécaire responsable de la « médiation numérique » au sein des médiathèques du Val d’Europe, et auteur du blog bien connu dans la profession des bibliothécaires Bibliobsession, a inauguré cette journée en présentant tout d’abord une approche théorique du web 2.0. S’essayant à une définition de cette expression lancée pour la première fois par Dale Dougherty à la conférence « Web 2.0 » de San Francisco en 2004, Silvère Mercier insiste sur la révolution en terme d’usages que représente le « passage » au web 2.0, plus que sur les technologies et les modèles économiques qui ont favorisé l’émergence de ce nouveau concept marketing. Car avec le web 2.0, l’utilisateur est placé au cœur du web. Les facilités d’utilisation des outils « 2.0 » lui permettent de produire, publier, diffuser une information protéiforme, d’échanger et collaborer avec les autres utilisateurs au sein des fameux réseaux de sociabilité. Silvère Mercier a passé en revue les plus emblématiques services du web 2.0, qui ont tous la particularité d’être des outils entièrement en ligne :
-  Flickr : partage de photos
-  XMG Image : gestionnaire et éditeur d’images adresse introuvable ?!)
-  YouTube, DailyMotion : partage de vidéo
-  PageFlakes : page d’accueil personnalisée pour votre navigateur
-  Google Documents : traitement de texte et tableur
-  Box.net : stockage de fichiers
-  Facebook : réseau social destiné à rassembler des personnes, proches ou inconnues
-  Meebo : système de messagerie instantanée en ligne qui fédère des comptes de messagerie différents (AIM, Yahoo !, MSN...)
-  Twitter : “micro-blogging”
-  Friendfeed : système qui permet d’agréger ce qu’un utilisateur publie et partage sur différents outils de sociabilité en ligne (Flickr, YouTube, Facebook...)
-  Ning : pour créer son propre réseau social (autour d’une thématique, ou pour une communauté déjà constituée...)
-  Les blogs, leurs nombreuses plateformes et leur moteur de recherche spécialisé, Technorati
-  Les fils RSS et leurs agrégateurs (Netvibes, Google reader)

Silvère Mercier s’est attardé sur les possibilités d’exploitation de tels outils dans le cadre des activités menées traditionnellement par un acquéreur en bibliothèque : les fils RSS des différentes librairies en ligne, tout comme l’outil Moccam-en-ligne développé par Quentin Chevillon, sont des outils très utiles à la veille en matière de nouveautés éditoriales. Tout en critiquant le très bas niveau de webservices rendu par le très coûteux Electre, même dans sa nouvelle version... Il a aussi rappelé les principes essentiels de l’animation de blog : une ligne éditoriale claire (plus elle sera précise plus elle aura de chance d’être pertinente) et une régularité de mise à jour à toute épreuve (au mois une fois par semaine). Exit les blogs d’institution relatant l’actualité culturelle, bienvenue aux blogs thématiques hyper-spécialisés !

En conclusion de cette première partie, Silvère Mercier fait le constat d’un web 2.0 avant tout social mais aussi, et peut-être surtout, documentaire : finalement, tous ces outils qui aident à accumuler des données, les trier, les indexer, les partager, ne représentent-ils pas l’essence même du travail documentaire tel que les bibliothécaires le connaissent ? Mais il dénonce aussi les limites du web 2.0, tant en terme de concept marketing et économique (Facebook, qui a franchi le cap des 100 millions d’utilisateurs en août 2008, n’a toujours pas trouvé de modèle économique rentable !) que de limites de la participation : ici s’applique la règle du 90-10-1 : 89% des visiteurs d’un site web 2.0 (un blog, par exemple) se contentent d’en lire le contenu, il n’y a guère plus de 10% de contributeurs motivés (qui commentent les billets...), et seulement 1% de créateurs de contenus (rédacteurs...) ! Par ailleurs, le manque de lisibilité quant à l’utilisation qui pourrait être faite de toutes les informations personnelles engrangées par ces systèmes qui appartiennent quasiment tous à quelques très grandes entreprises du web (Google, Yahoo !...) pose l’épineuse question de la confiance que l’ont peut leur accorder. Que se passerait-il en effet, si Amazon venait à faire payer ses webservices de fourniture de jaquettes, de résumés, etc. ?

Comment, dès lors, garder le meilleur du web 2.0 et en faire un usage utile en bibliothèque, en matière de médiation des collections ?

La première des règles est de ne pas adapter l’internaute à nos services mais de s’adapter à ses usages. Car le web 2.0 a inventé des interfaces qui sont devenues incontournables, comme le fameux encart de recherche à la Google, si loin de nos interfaces de « recherche avancée » multi-champs, comprises des seuls bibliothécaires.

Il faut ensuite savoir « disséminer la bibliothèque », c’est-à-dire la rendre visible là où vont les internautes, comme la bibliothèque va déjà chercher « hors-les murs » les publics qui n’y viennent pas. Cela peut passer par le développement d’une API (Application programming interface) géolocalisée sur Amazon afin qu’un internaute qui a fait une recherche de livre sur ce site se voit immédiatement proposer, soit de l’acheter en ligne, soit de venir l’emprunter à la médiathèque la plus proche. La bibliothèque doit s’inscrire dans son territoire, physique comme virtuel.

Il faut aussi, bien sûr, développer les usages d’Internet à la bibliothèque, et se rappeler qu’en France encore aujourd’hui, près de la moitié des habitants ne possède ni ordinateur ni connexion à Internet, et que même ceux qui en possèdent ne savent que très médiocrement les utiliser, en matière de recherche d’information. Pourquoi ne pas développer des partenariats avec des sociétés telles que Mybooo qui propose un bureau (au sens Windows) en ligne, et le proposer dans les espaces multimédia ?

On peut aussi qualifier nos ressources pour aider les lecteurs à faire leur choix, dans ce qu’il serait convenu d’appeler un « OPAC 2.0 », avec des outils de recommandation (ceux qui ont emprunté X ont aussi emprunté Y, Top 10 des emprunts... voir par exemple la médiathèque de Saint-Herblain), se mettre en scène avec des avatars pour personnifier la relation virtuelle avec les internautes, se rapprocher du journalisme en produisant du contenu éditorial (comme la bibliothèque municipale de Lyon avec Points d’actu, ou celle de Dole avec le blog Mediamus, qui fait office de référence en matière d’information musicale en France). Les OPAC doivent devenir des postes d’assistance au choix et non pas uniquement des postes de recherche. On pourrait par exemple, y placer des douchettes de manière à ce qu’un lecteur, par un simple bip, puisse en savoir plus sur un ouvrage : accéder à sa notice, au résumé, et puis aussi à sa critique, sur le site de la bibliothèque ou sur le site de Babelio (réseau social de lecteurs qui mettent en commun leur bibliothèque personnelle, échangent leurs critiques...).

Finalement, la bibliothèque 2.0 en vient à se penser comme un écosystème qui se développe autour de cinq axes :
-  s’ouvrir à l’usager ;
-  améliorer les outils existants ;
-  se promouvoir ;
-  être le cœur de la communauté ;
-  délivrer de nouveaux services ;

et qui s’articule autour de deux actions déterminantes :
-  la médiation traditionnelle (renseignement, action culturelle...) ;
-  la médiation numérique.

Les missions des bibliothèques évoluent : il y a nécessité de reconnaître l’importance de l’action de médiation numérique, la préoccupation actuelle n’étant plus la gestion des collections mais bien celle de leur médiation.

La bibliothèque doit prendre en considération la force que représente une communauté, et savoir s’y inscrire, et non pas l’ignorer. Toute inscription dans un réseau possède l’effet d’un cercle vertueux. Pourquoi ne pas participer à des réseaux de lecteurs comme Babelio ou LibraryThing ? Elle doit aussi faire des amateurs, des simples lecteurs qui émettent un avis sur un livre, des alliés et non des concurrents ! Leurs avis peuvent avoir leur place dans le catalogue, tout comme les avis des bibliothécaires devraient y revenir. Les bibliothécaires sont détenteurs d’un savoir et de compétences qui ne s’expriment trop souvent que sur des blogs personnels, non cautionnés par leur bibliothèque : quel paradoxe !

Silvère Mercier revient sur le modèle économique de la longue traîne, sur lequel s’est positionné Amazon, qui a compris que, sur le marché du livre, 20% des produits réalisent 80% des ventes et les 80% restants en réalisent 20%. Ces fameux 80%, absents des librairies traditionnelles, et qui auparavant n’étaient trouvables qu’en bibliothèque, maintenant Amazon les vend... Alors pourquoi ne pas s’inspirer de ce qui fait la deuxième la force d’Amazon, à savoir le pouvoir de recommandation ? Recommandation statistique, recommandation professionnelle, recommandation des lecteurs, plusieurs bibliothèques l’ont déjà mis en application (ex. Dole, Saint-Herblain).

La médiation numérique implique donc de plus en plus de savoir manipuler du contenu. La gestion de contenu représente une grande part du travail du médiateur numérique, qui doit savoir mettre en place les outils mais aussi élaborer et animer la chaîne de production, de diffusion et d’archivage de ces contenus. A Marne-la-Vallée où travaille Silvère Mercier, un double système de critiques a été mis en place : des notes, issues du travail de sélection des acquéreurs lors des offices, sont d’abord rédigées dans un wiki, puis, une fois validées, sont associées à leurs notices bibliographiques dans le catalogue géré par Bookline d’Archimed (indispensable : quel est l’intérêt d’une critique non reliée à sa notice ?) Elles sont parallèlement regroupées sous forme de blog sur une page du site web de la bibliothèque (page qui ne s’intitule pas « coups de cœur » mais « Bouillon de critiques », car on y présente aussi des livres qui ont moins plu, voire pas du tout, c’est la part de subjectivité nécessaire à l’apparition d’un débat...) D’autre part, des étiquettes-bandeaux sont imprimées et adaptées sur les couvertures des livres concernés. Les lecteurs sont invités à donner leur avis à leur tour, sur le site de la bibliothèque.

Creusant cette idée, Silvère Mercier en conclusion se demande pourquoi ne pas développer un réseau francophone de recommandation partagée, associant bibliothécaires et lecteurs.

Références bibliographiques citées au cours de l’exposé :
-  Utiliser les fils RSS et Atom de Serge Courrier. ADBS, 2007.
-  Créer, trouver et exploiter les blogs de Olivier Ertzscheid. ADBS, 2008.
-  Documentaliste Sciences de l’information : Volume 45, n° 3, 28 août 2008 sur la gestion de contenus. Voir aussi le volume 46 n°1 paru en février 2009 : dossier « Web 2.0 et information-documentation : évolution ou révolution ? »

Retrouvez aussi en ligne le diaporama de la présentation de Silvère Mercier.

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